Une interview de Vladimir VASILIEV réalisée par un de ses élèves

Traduit par Alexandre Jeannette

Nous avons entendu dire que votre prochain livre porterait sur les frappes. Un des sujets couverts par le livre concerne la capacité à encaisser les coups. C’est un sujet intéressant pour n’importe quelle personne qui étudie les arts martiaux, la self-défense ou la psychologie. Dans les entraînement de Systema cette aptitude est très importante et on consacre beaucoup de temps à son apprentissage. Pourquoi cela ?

« Pourquoi étudier cela » demandez-vous, mais quand ils sont frappés les pratiquants demandent également « Pourquoi moi ? ». Il y a deux raisons qui justifient cet entraînement. La première est clairement pratique, la seconde, qui est sous-jacente, est psychologique.

Aussi doué soit-il un combattant est parfois touché. Il y a des coups que vous ne voyez pas venir, les plus plaisants peuvent arriver par derrière, sans prévenir et d’autres peuvent être plus puissants que vous ne l’imaginiez, comme lorsque vous êtes frappé avec un objet ou une arme.

Dans mon expérience des arts martiaux et de leurs pratiquants, les combattants essayent d’éviter les coups et d’être les premiers à frapper, en apprenant à esquiver et à bloquer. Mais ils expliquent rarement comment gérer le coup que vous venez de prendre.

Une des approches possibles est de supporter la douleur, d’endurcir délibérément le corps et d’en renforcer certaines parties. En dehors de l’aspect destructeur de ces pratiques, leur utilité se limite à des coups visibles et anticipés. Mais que se passe-t-il dans le cas où vous n’avez pas vu le coup arriver ou si vous étiez en mouvement ? Dans ce cas vous aurez besoin d’un autre type de relaxation musculaire.

J’ai pu constater comment un coup de poing inattendu peut provoquer chez un pratiquant d’arts martiaux expérimenté un état de désorientation, de choc, de panique, de ressentiment et nombre d’émotions contre-productives. De plus je n’ai jamais vu quelqu’un capable d’éviter tous les coups dans un exercice de mass attack ou une mêlée. Vous pouvez le vérifier par vous-même avec un groupe de 10 combattants ou plus.

Voici un exemple typique que j’ai pu voir de nombreuses fois à l’entrainement. Un nouvel élève arrive, un gars costaud, un pratiquant d’arts martiaux expérimenté. On commence un exercice de mass attack où tout le monde se réunit au centre de la salle et se frappe copieusement. Immédiatement le nouveau se prend un coup à la tête, il se retourne pour trouver le coupable et le frapper en retour. A ce moment il prend un coup de l’autre côté, et alors que la colère s’accumule il se tourne à nouveau prêt à frapper le responsable. Bien entendu il est aussitôt frappé du côté opposé. Il tournait sur lui-même comme un bon sac de frappe. Il a finalement réalisé que rendre coup pour coup dans un mass attack n’est pas possible. Il a expiré et s’est mis à frapper ceux qui se trouvait à proximité sans viser ceux qui l’avaient frappé.

Malheureusement, la plupart d’entre nous ont une réponse instinctive : lorsque nous sommes touchés nous voulons immédiatement frapper en retour. Cela est causé par notre amour-propre. L’entraînement Systema qui consiste à prendre des coups est un travail sur notre ego.

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