par Fabien Fèvre

Un cours d’arts martiaux ne s’improvise pas. Un cours se constitue d’un échauffement progressif, puis plus spécifique orienté vers le travail de la séance, pour arriver au corps du cours et ses différents ateliers, et terminer par un retour au calme. Ce qui se traduit pour le professeur par une prise en main du groupe, une mise en train, le thème du cours et ses objectifs, et enfin le retour au calme et bilan de séance.

Début d’un cours

A la différence d’un échauffement à proprement parler, un cours de Systema débute par des exercices de centrage. Les exercices de respiration proposés apprennent au pratiquant à se concentrer. A prendre conscience de ses tensions internes par la respiration et à découvrir des zones plus tendues que d’autres dans l’instant présent. Par les exercices de respiration proposés (inspiration, expiration, apnée), le pratiquant prend conscience des cycles respiratoires, qui se font inconsciemment au quotidien. Il peut ainsi prendre conscience des moments de la vie quotidienne où l’on bloque notre respiration (lorsqu’on se concentre sur quelque chose, lorsqu’on fait notre lacet, lorsqu’on s’assoit sur une chaise, lorsqu’on apprend une nouvelle déstabilisante) et pas uniquement dans une situation de confrontation. Lors de ces moments d’apnée, inconsciemment nous augmentons notre pression artérielle. Nous nous mettons « sous pression ». Conséquence : nos gestes sont dénaturés, plus saccadés, moins fluides, nos paroles s’accélèrent, le calme laisse place à l’agitation.

C’est pourquoi les exercices proposés (tels que les basiques : squats, élévation de buste, levers de jambes, poussées des bras) s’accompagnent toujours de la respiration. « Inspirer-expirer » rythme nos mouvements, ainsi chaque contracté-relâché s’accompagne d’une respiration consciente ou d’une phase d’apnée volontaire pour recréer une situation d’inconfort.

Exemple: On isole certaines parties du corps en les contractant à l’inspir, et en les relâchant  à l’expir, ou l’inverse. Pendant qu’une partie du corps est contractée, le reste du corps reste relax. On apprend ainsi à mettre notre intention dans la contraction ou le relâchement, et à prendre conscience de notre corps dans l’espace.

La relaxation recherchée permet de débuter le cours le corps détendu et en éveil, apte à réagir plus sereinement dans l’instant.

Approche graduelle

Quel que soit le thème du cours (apprendre à chuter/rouler, frapper, évoluer au sol, faire face à plusieurs adversaires, utiliser un couteau ou un bâton) l’approche se fait progressivement.

Exemple: apprendre à chuter se fait de manière autonome, on commence par des exercices assis par terre, notre « rez-de-chaussée », puis on monte d’un étage, à genoux, puis accroupis, en squat, jusqu’à se tenir debout et être capable de descendre s’allonger au sol en douceur.

Cet éducatif évolue avec partenaire(s) et doit se faire de manière ludique pour ne pas augmenter la peur de tomber, peur avec laquelle on est né.

Le Systema offre une créativité infinie quant à l’invention d’éducatifs. Le professeur peut laisser libre cours à son inventivité, pour son plaisir et celui des élèves. Inventivité occasionne adaptabilité. Rien n’est figé.

Il n’y a pas de code ou de façon stéréotypée de chuter/rouler et de faire chuter ou amener le partenaire au sol, si ce n’est avec respect et bienveillance. Il s’agit avant tout d’un travail sur soi… et sur l’autre.

Peur de contact

L’intrusion d’une personne inconnue dans notre espace vital peut être dérangeant, susciter des tensions internes (au niveau viscéral, musculaire et tendineux avant même que cela soit conscient, on se crispe) et occasionne même une gêne respiratoire. Les réactions, verbales ou physiques qui en résultent sont dictées par le stress, on parle d’ailleurs de « réaction épidermique ».

Cette gêne est liée à une peur profonde, qui éveille des émotions comme la colère qui nous « met hors de nous ». Toucher et être touché fait partie du travail d’acceptation. Accepter d’être touché en restant détendu permet de monter les étages (tout comme pour les chutes) graduellement, puis d’accepter d’être poussé, frappé légèrement puis plus profondément. L’acceptation des coups révèle nos propres peurs et ne peut se faire qu’avec une respiration correcte (voir exercices de début de cours).

Un travail d’écoute

Que ce soit pour travailler sur la structure du partenaire et l’amener au sol en le manipulant, ou pour apprendre à frapper et être frappé, « donner et recevoir » doit se faire en écoute de soi et de l’autre. Bienveillance et respect sont les maîtres-mots pour ne pas dépasser le seuil de tolérance du partenaire. Lors d’un éducatif, chacun doit apprendre quelque chose, c’est un travail coopératif.

Attention aux pièges de l’ego.

Vouloir montrer à l’autre et à soi-même à quel point on est fort apporte un sentiment de satisfaction qui est un écueil qui nous guette tous. C’est en cela aussi que le Systema nous invite à nous découvrir nous-même. Poznai sebia, autre nom donné au Systema, signifie en russe « Connais-toi toi-même ». Vouloir montrer que l’on sait est souvent une manière de masquer une faiblesse. Au pratiquant attentif et conscient d’aller voir derrière le masque.

L’écoute de l’autre – tant interne qu’externe – nous renvoie à nous-même, permet de progresser sur nos propres ressentis et nous apprend à être à l’écoute de nous-même.

Communiquer : importance du feed-back

Contrairement à d’autres disciplines martiales où le silence est de rigueur, en Systema les partenaires échangent sur leur ressentis dans l’instant. Ceci permet un retour constant sur les sensations de l’autre et les nôtre. Nous prenons conscience de ce que nous créons en poussant ou manipulant le partenaire, en nous déplaçant, faisant chuter ou  en frappant.

C’est un aller-retour ininterrompu entre notre création et la réaction de l’autre qui crée à son tour une réaction en nous.

Exemple: l’exercice de « tirer-pousser » est très subtil dans sa réalisation et le débutant est rapidement déconcerté de ne pas « réussir ». Nos habitudes nous ont appris à réagir de la « bonne » façon en appliquant des techniques, sans laisser place à la spontanéité, qui enseigne davantage la façon « juste » de  réagir. Pas à pas les pratiquants créent un flux continu de mouvements, en  interaction constante.

Il s’agit d’un exercice de lâcher-prise, de relâchement mental et corporel, qui invite le pratiquant à aller dans le sens du courant. On peut alors communiquer verbalement et par le corps. Le feed-back est immédiat et l’application martiale de cet éducatif peut s’avérer redoutablement efficace.